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| L'éditorial du JdP n° 88 |
Date : 31/01/2008 LA FORCE OBSCURE DU PRÉSIDENT Depuis son retour en politique en 2002, il semble que le président Sarkozy n’aime pas vraiment les Français mais énormément l’image qu’il donne de lui-même. Après sa mise au placard entre 1995 et 2002 pour «trahison» en préférant, à l’époque, Balladur à Chirac lors de l’élection de 1995, la démarche de cet homme semble relever depuis de la psychanalyse. En effet, qu’il soit ministre, porte drapeau de l’UMP ou président, la «marque» Sarko porte des valeurs bien ambiguës. Derrière la profusion d’énergie entraînant chez lui une agitation comportementale, affective et intellectuelle permanente, le foisonnement de ses actions ne semble pas vraiment relever d’une sage philosophie mais plutôt du feu brûlant d’une ambition de revanche, d’un durcissement politique et d’une impatience opportuniste à changer ce qui ne lui convient pas. Malgré le fait qu’en surface médiatique, le modèle sarkozien n’en finit pas de produire des vagues d’actualité politique impressionnant les observateurs, cet activisme politique reste inquiétant en terme d’«impactage» sociétal. Alors que certains créditent son parcours d’un bilan «bluffant», il y a pourtant quelque chose de bizarre dans le comportement de cet homme qui démontre au fil de l’exercice de sa fonction des contrastes frappants. Si tout paraît clair et évident a priori dans le verbe et la formule utilisée, il n’en n’est pas de même dans le constat des effets secondaires. C’est, par exemple, une volonté emprunte de beaucoup de détermination mais sans véritable ligne morale fondatrice. C’est une communication médiatique élaborée mais sans grande vision ni profondeur de raisonnement. C’est un verbe plein de subtilité et de bon sens compassionnel apparent mais sans véritable sagesse ni humanité. Même sous l’angle de la posture physique, il suffit simplement de le regarder marcher pour s’apercevoir que rien n’est droit et stable chez cet homme mais que tout part d’un côté et de l’autre à chaque pas, traduisant là une force d’affirmation réactive, émotive, subjective, à la puissance de lui-même. La première question posée est donc de savoir comment peut-on proposer l’équilibre à un pays lorsque l’on est soi-même aussi instable ? A trop vouloir se construire une belle histoire personnelle à la mode Walt Disney, il semble bien que cette «PDGlisation» type CAC 40 de la fonction présidentielle se fonde, de manière consciente ou inconsciente, sur un retour anthropologique favorisant l’exacerbation du «Moi» profond sur l’ensemble de la tribu. Dès lors, comment peut-on dans une démocratie moderne faire ainsi marche arrière dans le culte de la personnalité ? En France comme ailleurs, le plus grand malheur pour un peuple en désir d’espoir est que le sens des mots prononcés ne soit pas celui des faits attendus, compris, interprétés ou vécus dans la réalité du quotidien ! QUELLE «POLITIQUE DE CIVILISATION» ? Derrière la formule de «politique de civilisation» évoquée par le Président Sarkozy, et bien loin d’un humanisme désintéressé, il est intéressant de rappeler que derrière le modèle sarkozien il existe un système Sarkozy depuis déjà 6 années. Un système qui nourrit, derrière la façade ininterrompue de coups médiatiques et de réformes «champagne» vendues comme essentielles, tout un cortège de «petites mesures» liberticides que les Français avalent tous les 3 mois a priori sans trop broncher. Il est donc intéressant de mettre en perspective, à côté du bilan «bluffant» sarkozien, les marques profondes enregistrées sur la société française par le fait d’interventions actives ou conciliantes de sa part. Aussi dans les faits démocratiques, que ce soit de manière consciente ou inconsciente, volontaire ou passive, l’ère Sarkozy (avec ou sans Chirac) contient jusqu’à présent sur le fond sociétal plus de négatif contraignant que de positif constructif. Tout cela profile un dessein de la nation plus superficiel et agité que stable et foncièrement structurant, sauf à concevoir que l’ordre imposé est une fin en soi civilisatrice et motivante ! Il suffit simplement de constater l’amplification du rythme des mesures législatives, règles et devoirs, contraintes morales, pression fiscale, technocratisation des procédures et autres réformes imposées à la «Hussarde». Au global, il s’agirait presque du parfait contre-exemple de ce qu’il faut faire dans une démocratie moderne en empilant ainsi, réformes sur réformes, de manière aussi coercitive et unilatérale. Bien que des entités représentatives de la société civile soient impliquées dans un bout du processus politique il semble, au final, que le citoyen lambda ne bénéficie pas vraiment d’une réciprocité légitime en droits ou de vraies contreparties. En fait, sauf inconscience à le faire ou à le décider au sommet de l’Etat, plus on interdit au peuple plus on contrôle à distance le comportement des gens. Dès lors, comment peut réagir le citoyen poussé aux fesses pour travailler plus de manière stressée, bousculé en permanence à droite sur son «flanc» fiscal, tiraillé à gauche sur le plan des devoirs et, en face, aveugle de toute vision d’avenir libertaire et motivante ? Il est donc intéressant de lister les principaux reculs législatifs, faits liberticides, actes d’autorité et autres faits disciplinaires constatés depuis ces 6 dernières années dans un pays en paix et socialement calme. Rappelons, de manière un peu directe, que si la plupart des mesures sont destinées à mieux contrôler les incivilités et les déviances d’une frange marginale de 2% à 7% de la population, l’ensemble de celles-ci polluent et «emmerdent» directement, à chaque fois, 93% à 98% des autres citoyens. Exemple de faisceau liberticide et de faits coercitifs imposés au citoyen lambda depuis 6 ans : • Répression routière, radarisation galopante, traque et racket économique organisé ; • Augmentation de la pression sécuritaire et policière en ville et en campagne (CRS, gendarmerie) ; • Renforcement de la vidéo surveillance en ville, contrôle sur l’Internet… ; • Renforcement du maillage législatif, de l’autorité et des contrôles administratifs dans de nombreux domaines (sécurité sociale, sécurité, travail, fisc, éducation nationale…) ; • Restriction, régulation et interdiction forcée dans le domaine sanitaire et de l’hygiène de vie (interdiction de fumer, lutte contre l’obésité, franchise médicale, moindre remboursement, parcours de santé contrôlé…) ; • Durcissement judiciaire pour les déviants avec amplification de la «victimisation» ; • Recours démultiplié du principe de précaution et autres clauses de sauvegarde ; • Accumulation des contraintes environnementales assorties de nouvelles taxations ; mais aussi : • Durcissement du suivi des chômeurs, sans emploi, rmistes ; • Augmentation constante de la pression fiscale notamment indirecte type CSG, voire projet de TVA sociale ; • Relatif laisser-faire tarifaire dans les augmentations de prix sensibles pour le porte-monnaie de la ménagère au profit des grands lobbies industriels (essence, fioul, gaz, électricité, consommation courante…) ; • Réduction graduelle des pensions de retraite sans véritable compensation par ailleurs ; • Principe des tests ADN ; • Exacerbation des positions vis-à-vis des banlieues ; • Phénomène généralisé de durcissement auprès des immigrés, des jeunes et des ménages en difficulté par un accroissement inflationniste de contraintes administratives et de contrôles ; • Etc. REDONNER DU POUVOIR D’ACHAT DURABLE Avoir un bon pouvoir d’achat c’est tout le socle du «rêve français». Il est clair, aujourd’hui, que si la société française profite de son inertie macroéconomique, financière et sociale pour maintenir son train de vie, il y a lieu de s’attendre pour les prochaines années à un grand ralentissement dans le niveau de vie des classes moyennes. Aussi, face à une situation de rétrogradation socioéconomique dans laquelle les pauvres deviennent encore plus pauvres, les riches encore plus riches, existe un «milieu» glissant peu à peu vers le bas et dont le pouvoir d’achat devient un véritable «désespoir». Hormis les statistiques trompeuses, la raison n’est pas uniquement liée à l’inflation ou à la feuille de paie mais surtout et principalement à la cherté grandissante de la vie associée à une pression fiscale entropique. Si les multiples raisons de cette dégradation économique sont parfaitement connues, le principal levier étatique pour inverser le mouvement et retourner durablement la situation est d’abord et avant tout de nature fiscale. Seul un acte fiscal régressif fort est en mesure de «réparer» les dégâts sociaux puis de stabiliser la situation économique du peuple et ce, aux dépends directs du train de vie de l’Etat et de son administration. Pour cela, il faut rapidement : • Réduire de 5 points minimum la TVA payée par les ménages sur tous les produits courants • Favoriser l’augmentation des salaires et des pensions de retraite de 3 à 5% an • Contenir la fiscalité globale autour de 39% contre 44% actuellement (Etat + collectivités territoriales). Tout le reste consiste à amuser la galerie et à gagner du temps d’échéance politique en échéance politique. En matière de «politique de civilisation» ne vaudrait-il pas mieux réfléchir sur le nouveau rôle et la nouvelle l’architecture de l’Etat moderne dans sa vocation civilisatrice que de miser toujours et encore sur des réformes finalement «décivilisatrices» ? |

